Fredericktown, 27 Nov. 1848

Rev. J. Brocard

Mon Rev.et trés cher Pére,

Je prends la liberté de vous écrire encore un mot pour plaider la cause des pauvres négres, jadis appartenant á votre Province et qui se trouvent maintenant destitués de presque tous les secours religieux á la Louisiane.

Je puis me tromper, mais il me parait que la Province de Maryland est obligée en conscience de leur procurer ce secours, et de faire quelques sacrifices á ce sujet. Le texte de l'Ecriture Sainte, ''Qui suorum maximi domesticorum curam non agit &c'' me vient continuellement á l'esprit, lorsque je pense á ces pauvres gens, qui peu á peu, surtout les enfants, perdent leur religion. C'est un cas extréme. si la justice ne l'exige pas, (quoique je sois d' opinion, qu' elle l'exige en ce cas, ) du moins la charité le demande. Je ne le demande que pour ceux qui se trouvent sur les habitations des M*** Johnson & Thomson. Ils sont assez nombreux. Un des habitants, le juge Duffield, donnerait un lot de terrain pour y bétir une église pour toutes les personnes de couleur des environs, Mr Elder et les autres voisins contribueraient librement á cette bonne oeuvre, & deux fois par mois on les visiterait de Donaldsonville, on les instruirait, &c.

Tout ce qu'on demande, c'est que la Province du Maryland contribue $1 000, les voisins contribueraient le reste; & qu'est-ce que $1 000 pour la Province, qu'est-ce que le revenu de tant de belles fermes, & qui a deja reçu une si forte somme pour ces pauvres exilés. Le bon Dieu vous les récompensera, les rendra avec usure, & qui sait si, le refus de venir á leur secours n'attirera point des malheurs sur la Province. J'en suis moi-meme trés inquiet, et si je vous parais importun, je suis sûr que vous me le pardonnerez, puisque c'est pour le bien de ces pauvres enfants abandonnés(z) que je vous importune.

En cas que vous decidiez cette affaire en leur faveur, mettez-vous en correspondance avec M. l'Abbe Bouillier, Lazariste, Cure de Donaldsonville. Lá, envoyez-lui le montant -ou pour commencer une partie du montant, et soyez sûr qu'il se fera un veritable plaisir de commencer de suite cette bonne oeuvre.

En union de vos SS.SS., j'ai l'honneur d'etre, mon Rev et trés cher pére

Votre devoué Fr. en J. C.,
F. Van De Velde, S. J.